Au sein de Marchons pour Brest ! nous pensons que l’action politique est indissociable de la réflexion philosophique. C’est pourquoi nous vous proposerons régulièrement des articles sur notre philosophie politique, car ce qui s’oppose en démocratie ce ne sont pas des personnes mais des visions du monde parmi lesquelles citoyennes et citoyens sont invités à choisir.

Qu’est-ce que le progressisme ?

Le progressisme est une tendance politique favorable aux réformes sociales et économiques, en opposition au conservatisme. Les progressistes croient au progrès moral de l’humanité et aux bénéfices que le développement des sciences et des techniques peut apporter au plus grand nombre.

Historiquement, le progressisme s’enracine dans la philosophie des Lumières, avec la conviction que la condition de l’humanité est destinée à s’améliorer matériellement, socialement et moralement : les avancées en matière de science, de technologie et de développement économique sont jugées vitales à l’amélioration de la condition humaine. Le progressisme est donc fondé sur un optimisme général et une confiance concernant l’innovation. Les valeurs de liberté, d’égalité et de tolérance sont pour le progressisme des moyens pour réaliser une fin supérieure : une humanité matériellement prospère (la « richesse des nations ») et collectivement heureuse (idées de concorde et d’harmonie).


L’échec du progrès ?

Cette « foi » générale et optimiste semble cependant avoir disparu. Le philosophe Luc Ferry analyse sévèrement ceci, en affirmant que notre monde est en proie à la « raison instrumentale » . Une « volonté de puissance définalisée » semble a envahi tous les domaines de l’ activité humaine, qu’il s’agisse de la science, de la technique ou de l’économie ; le bonheur collectif a été rabattu sur la consommation individuelle :

« Voici donc l’essentiel : au sein de l’univers de la compétition mondialisée, il ne s’agit plus de dominer la nature ou la société pour être plus libre et plus heureux, mais de maîtriser pour maîtriser,  de dominer pour dominer. »

Dans un tel contexte de perte d’horizon :

  • La liberté se décline en dérégulation économique, une forme de l’anarchie, voire en darwinisme social. Ainsi l’accumulation du capital n’a d’autre fin que lui-même.
  • L’égalité devient un égalitarisme par le bas ou une uniformisation au niveau du plus petit dénominateur commun culturel : culture « coca-cola », parler « globish », consommer pour consommer…
  • La tolérance prend, soit la forme d’une permissivité indifférente à son objet, soit celle d’une acceptation de ce qu’on ne peut empêcher, comme la montée des idéologies politiques « dures » ou des extrémismes religieux.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les valeurs de combat des Lumières sont devenues méconnaissables. Les deux siècles écoulés ont contribué à transformer l’optimisme philosophique en un pessimisme centré sur la perte de sens et le doute moral :

  • Les promesses du libéralisme, tant politique qu’économique, ont tardé à se concrétiser et se sont même parfois soldées par des évolutions radicalement opposées avec des révolutions aboutissants sur des totalitarismes.
  • Les progrès scientifiques, tels que la maitrise de l’énergie nucléaire, qui étaient perçus comme entièrement bénéfiques se sont révélés souvent à double tranchant.
  • La mission humaniste de l’Europe s’est fourvoyée dans des aventures coloniales pour le moins douteuses.
  • Les idéologies du progrès ont connu de redoutables perversions, parmi lesquelles le fascisme, l’eugénisme, le colonialisme ou encore le léninisme et le stalinisme.

Sur ce terreau pessimiste prospèrent les idéologies populistes. Comme Michaël Fœssel le met en lumière dans son ouvrage Récidive, 1938 :

« L’époque et nombre de politiques ou démagogues instrumentalisent les périls pour justifier une forme d’abdication démocratique. Les discours des extrêmes et des populistes, mais aussi de partis de droite et de gauche affirment que la fête économique et sociale est terminée. On nous explique que la démocratie est déréglée ou trop faible pour répondre aux enjeux de l’époque, en conséquence les dérives autoritaristes et nationalistes couvent. On désigne l’étranger, le riche ou encore le politique comme le coupable de tous les maux. »

Populismes et conservatismes du XXIème siècle

Force est de constater que ces dérives autoritaristes, nationalistes et populistes sont déjà là :  Donald Trump à la Maison Blanche ;  Le Brexit au Royaume-Uni ;  Matteo Salvini, leader de la Ligue, en Italie ;  Jair Bolsonaro au Brésil ;  La dérive autoritaire d’Erdogan, en Turquie, de Poutine, en Russie, de Xi Jinping, en Chine … ou de Viktor Orban, en Hongrie… Face à cela les partis traditionnels n’ont plus le « logiciel » pour affronter le XXIème siècle et répondre aux enjeux de notre époque.


S’affirmer « progressiste » est donc un pari difficile. Si nous voulons nous en prévaloir, nous devons le réenchanter en commençant par refuser l’idée de la défaite démocratique. Il nous faut regarder le monde et en faire le récit de manière différente. Nous proposons pour cela de nous réapproprier l’esprit des Lumières. Et notamment de son optimisme indissociable d’une conception de l’ être humain pouvant être résumée ainsi : chacun d’entre nous est « par nature », doté de la raison et du libre-arbitre, et ces dispositions naturelles doivent être activées par l’éducation et l’instruction.

Si, par l’éducation et la diffusion des connaissances, des citoyens éclairés sont formés, ils développeront leur discernement, c’est-à-dire qu’ils deviendront capables de distinguer les bonnes décisions et d’opter librement pour elles. Oui, cet optimisme se traduit dans une confiance en l’homme, qui estime que, si nous comprenons où est le bien, nous nous dirigerons vers lui.

Le progressisme n’est donc pas du tout un optimisme béat  : le progrès social ne se fera que si le développement scientifique, technologique et économique s’accompagne d’une éducation des individus pour les mettre en capacité d’en faire bon usage.

Notre progressisme politique cherche donc à mettre les individus en capacité de réaliser pour le meilleur l’indispensable transformation de la société que les défis démographiques et environnementaux nous imposent.

Notre progressisme consiste donc à :

  • Maximiser les possibles des individus présents et futurs en leur offrant les meilleures conditions possibles d’exercice de leur liberté et d’expression de leur « libre-arbitre ».Notre mission est de développer l’autonomie de l’individu pour permettre à chacun de choisir « soi-même » sa vie. En cela, oui, nous sommes des libéraux, dans la double acception du libéralisme politique et du libéralisme économique, parce que nous croyons que c’est par l’exercice éclairé de la liberté individuelle que l’intérêt général peut le mieux être réalisé. Cependant la mention des individus présents et futurs engage notre responsabilité. Notre prise de conscience écologique doit affirmer que les actions d’aujourd’hui ne peuvent et de doivent jamais amoindrir les opportunités de demain. Nous pensons les possibles des individus présents et des générations futures.
  • Mettre les citoyens en mouvement en leur donnant, par l’éducation, la formation et l’accès aux connaissances, les clefs pour co-construire une société meilleure humainement et socialement. En tant que progressiste nous refusons également l’idée que l’engagement politique soit réservé à une petite caste. Nous devons par nos actions et nos choix favoriser l’engagement politique et citoyen du plus grand nombre, car c’est cet engagement qui sera vecteur de cohésion et de lien. De capacité à agir et transformer. De capacité à réenchanter la démocratie.

Notre progressisme est ainsi héritier de cette conviction du Siècle des Lumières, selon laquelle si on « laisse faire », la poursuite libre des intérêts particuliers, l’émulation dans la compétition des talents, les débats politiques non censurés conduiront au meilleur gouvernement et à la prospérité générale.

Mais les 2 siècles écoulés ont donné à notre époque une maturité d’analyse lui permettant de penser le progrès avec plus de réalisme et moins de naïveté : il n’est pas l’acquis automatique de la liberté. Ces résultats ne seront obtenus que si, « en même temps »,les individus sont éduqués àfaire le meilleur usage de la liberté qui leur est offerte et encouragés à s’engager de manière politique ou citoyenne. Il s’agit donc d’amener chacun à s’émanciper en créant une société optimisatrice de tous les talents.

« Contre tous les conservatismes qui croient qu’il n’y a de salut que dans le repli sur soi ou le retour en arrière, nous sommes résolument attachés au progrès. » – Charte des valeurs de LREM

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