Propositions pour l’accompagnement du déconfinement brestois

Intervention de Marc Coatanéa au Conseil Municipal du 7 mai 2020

PHOTO EMMANUEL SCHMITT / LE TELEGRAMME BREST (29) : Images de Brest , août 2013 . Vu sur la place de la mairie de Brest .

“J’inscris mon intervention dans un cadre constructif, dans la proposition. J’ai déjà eu l’occasion d’exprimer publiquement quelle était ma philosophie dans cette crise.

La période est à la circulation massive de fausses informations et à la défiance généralisée à l’égard des responsables politiques. Nous devons être à la hauteur du moment inédit que nous traversons. Ou comme l’exprimait hier Nicolas Hulot dans le une interview au journal Le Monde : “Le moment est à la projection vers l’avenir, et chacun doit contribuer à un horizon commun. On peut faire de ce moment un grand moment, ou bien on peut en faire un petit moment mesquin, fait de divisions, de confrontations.” Je préfère choisir la première option. Le temps des débats électoraux reviendra, plus tard.

La réserve citoyenne contre les solitudes

La période de crise et de confinement a vu apparaître des initiatives formidables et spontanées en réponse aux nombreuses difficultées rencontrées. Je ne vais pas les lister ici. Je souhaite attirer notre attention sur la solitude et l’isolement qui malgré le déconfinement risquent de demeurer.

Elle frappe indifféremment avec des impacts divers : étudiants, artisans, patrons de TPE et agriculteurs, personnes handicapées et âgées à domicile… ma liste n’est pas exhaustive.

Les initiatives en temps de crise, de voisinage simplement ou de réseaux de solidarité, ne perdureront probablement pas ou peu au-delà du « déconfinement ». Pour des raisons assez naturelles de reprise d’activité professionnelle et ordinaire de la vie de chacune et chacun. 

Bien entendu, nos structures institutionnelles continuent à travailler. Je pense au CLIC (Centre local d’information et de coordination) notamment, qui a poursuivi ses services à destination des personnes âgées et mis en œuvre des services conjoncturels. 

Nous comptons aussi à Brest des structures bénévoles très dynamiques  (le réseau des visiteurs et appelants bénévoles de l’ORB (Office des retraités brestois), « Parent’âge », etc.).

J’en viens à ma première proposition qui est de thésauriser sur le formidable élan de solidarité qui s’est manifesté pour impulser  un « service citoyen des solidarités » pérenne.

Ayant pour objectif d’atténuer les effets de l’isolement, ce service pourrait prendre la forme d’une plateforme faisant le lien entre des bénévoles et les structures déjà existantes. C’est une activité entièrement bénévole.

Une telle plateforme pourrait également permettre de mobiliser des jeunes en contrat civique. Car le bénévolat connaît une réelle désaffection, les associations en témoignent régulièrement.

On le sait, les contrats civiques ne sont pas là pour remplacer des salariés et il faut le garder à l’esprit. Un contrat civique doit être accompagné et déboucher sur une formation, un emploi, un projet quel qu’il soit en tout cas. J’y vois cependant plusieurs avantages :

  • créer une activité gratifiée (et un revenu) dans une période économiquement difficile de reprise d’activité et d’emploi,
  • faire connaître à des jeunes sans emploi ou ambition, en rupture scolaire, une activité de service qui pourrait les inspirer et les attirer vers des métiers où il y a des besoins : aide à domicile, assistant de vie, animateur, voire éducateurs, techniciens d’intervention sociale et familiale, aide-soignant(e), etc.

Il y faudrait donc au-moins un salarié.

Cette plateforme pourrait s’adosser à une structure institutionnelle et/ou associative existante (CLIC ou ORB par exemple) :

  • pour sécuriser le cadre d’intervention.
  • pour donner, ou donner accès, à une formation minimale.

Je vois dans cette possible initiative un cadre souple, utile en tout temps -plus encore si on songe au vieillissement croissant de la population- et capable de monter rapidement en puissance en cas de crise.

Dynamisons la culture en temps de déconfinement

Astropolis, Jeudis du port, et tant d’autres, les grands événements de l’été n’auront pas lieu cette année. Comme l’a rappelé hier le Président de la République, ce n’est pas une raison pour oublier toute pratique culturelle estivale. Je note que le Président s’est d’ailleurs engagé à prolonger les droits des intermittents du spectacle jusqu’à août 2021. Il nous a également invité à utiliser la période pour inventer et améliorer encore ce qui est cette capacité à penser et à faire vivre la culture dans notre nation.

Pendant le confinement, des idées ont fleuri dans l’esprit des artistes et créateurs brestois. Le déconfinement progressif à partir du 11 mai doit être une opportunité pour inventer des nouvelles manières de faire vivre la culture à Brest. S’il semble peu probable d’organiser des grands rassemblements, il est toutefois envisageable d’imaginer des alternatives.

Scènes éphémères, micro-concerts à l’échelle d’un pâté de maison, concerts ambulants, déambules sur l’ensemble des quartiers, utilisation des outils numériques, autant de possibilités qui donneraient un nouveau visage à l’offre culturelle brestoise.

Si ce n’est déjà entrepris, je propose que vous puissiez échanger avec les acteurs de la culture à Brest pour imaginer une programmation estivale innovante et nous permettre ainsi de retrouver le plaisir de la culture malgré la crise. Sur la base de crédits initialement prévus (ex : budget Jeudis du port), et en complément des aides mobilisées par l’Etat, notre ville pourrait soutenir financièrement cette programmation. Cela permettrait d’initier une politique volontariste pour soutenir les professionnels du secteur, qui seront comme beaucoup en difficulté durant cette période, tout en donnant du plaisir aux Brestoises et aux Brestois.

C’est une bonne chose que les différentes subventions aux associations soient maintenues, il est cependant important qu’elles permettent de produire des initiatives pour les Brestoises et les Brestois dans cette période.

Soutenons le commerce et les entreprises en temps de déconfinement

Nous le savons, la période de confinement a généré la fermeture de la quasi-totalité des commerces, entreprises indépendantes, professions libérales. Cette fermeture va avoir des conséquences économiques sévères, aujourd’hui, mais également dans les mois à venir. 

Les mesures gouvernementales devrait permettre de surmonter l’épreuve si l’activité économique reprend rapidement. Il est cependant à craindre que cette reprise soit très progressive, trop pour la survie de certains. 

Une partie des activités économiques brestoise : cafés, hôtels, restaurants notamment ont un caractère saisonnier. Et c’est précisément la grande période d’activité printemps/été et début d’automne qui va être affectée. Les problèmes de trésorerie immédiate sont traités par un fonds de solidarité national, par la prise en charge d’une grande partie des salaires via le chômage partiel ou encore par l’annulation des charges patronales pour les PME de moins de 10 salariés, pour les mois de mars à mai décidée par le gouvernement.

Il m’apparaît nécessaire de nous intéresser plus particulièrement au sort de ces TPE, commerces, professions indépendantes de tous ordres, qui non seulement sont pourvoyeurs de richesses, mais également d’emplois et de vie sociale. 

Des mesures de soutien ont déjà été prises, telles que le numéro vert de la CCIMBO, ou encore l’exonération de certaines taxes et charges.

Des propositions peuvent venir en complément de ces mesures déjà réalisées. 

je veux proposer par exemple :

  1. La création d’un fonds de solidarité communal d’urgence en complément du fond national, qui aurait pour vocation le versement d’une indemnité forfaitaire mensuelle, limitée dans un premier temps à trois mois à compter du 1er mars 2020, jusqu’au 31 mai 2020. L’allocation, dont le versement serait rétroactif, répondrait aux mêmes critères que le fonds de solidarité créé par l’Etat suivant l’ordonnance du 25 mars 2020 (Cf. Annexe 2). Cette aide pourrait être fixée à 500 € /mois, soit sur la période 1 500 € (Cf Annexe 3).

Cette aide serait complémentaire au fond de solidarité national et marquerait ainsi l’engagement de la commune et sa volonté à préserver l’ensemble de ses commerçants, principaux acteurs du tissu économique local.

Par ailleurs, compte tenu de la fermeture de nombreux commerces pendant la période de  confinement, je ne considère pas illégitime la diminution de la taxe CFE sur la part de la commune à hauteur d’un quart correspondant aux 3 mois impactés par la crise sanitaire.

  1. La facilitation du stationnement automobile pour inciter l’accès aux commerces de proximité, notamment au centre-ville est une autre proposition. C’est pourquoi je suggère d’expérimenter la généralisation de la première heure gratuite, sur l’ensemble des places de stationnement payant, tous les jours de la semaine. Cette expérimentation pourrait se tenir jusqu’aux fêtes de fin d’année.

Profitons du déconfinement pour expérimenter de nouvelles pratiques urbaines à Brest !

Lors de son allocution du 13 avril, le Président Emmanuel Macron nous appelait à nous réinventer. Cette crise sanitaire ouvre des opportunités sans précédentes pour repenser nos déplacements en ville dès la sortie du confinement.

Brest est une ville structurée autour de grands axes aujourd’hui essentiellement dédiées à la voiture. Le déconfinement est l’occasion de repenser le partage de la voirie en favorisant les piétons, les vélos ou les trottinettes, à en croire la presse, la Métropole a déjà annoncé des initiatives. Les prochaines semaines offriront la possibilité de l’expérimentation. Nous pourrions réserver certaines voies et certains axes aux piétons ou aux vélos, puis évaluer les pratiques des citoyens. Il nous faut cependant dès à présent aller plus loin et créer les conditions matérielles propices à l’utilisation massive du vélo à Brest.

Le Gouvernement a mis en place un chèque de 50 euros pour réparer son vélo dans toutes les enseignes agréées. Nous pourrions, nous collectivité, accélérer l’acquisition de VAE tel que le prévoit notre schéma directeur, pour que notre parc atteigne les 1200 VAE non pas en 2022, mais dès cet été, en 2020.

L’avenir d’un réseau structuré pour le vélo peut se jouer dès aujourd’hui grâce à un déconfinement propice à son utilisation dans la ville. La transition vers des modes de déplacements urbains respectueux de l’environnement ne saurait se faire sans une politique volontariste des pouvoirs publics.

N’ayons pas peur d’être agiles. Osons investir et appuyons nous sur les pratiques des Brestois. Les citoyens doivent être au cœur de la définition d’une nouvelle politique des déplacements à Brest.

Conclusion

Voici donc les propositions que je souhaitais partager avec vous à l’occasion de ce conseil municipal, dans l’état d’esprit qui est le mien. Je rassure cependant chacune et chacun, le temps du débat et de la confrontation des idées reviendra assez tôt et je serai bel et bien présent à ce moment là.

Mais en attendant, sachons faire unité et agir intelligemment au service des Brestoises et Brestois.

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